L’action des zadistes : une opportunité de remise en question

Réflexion de Brigitte Pétré, ancienne administratrice d’IDELUX

En 2017, Idelux a informé son conseil d’administration, dont je faisais partie, qu’il souhaitait acheter la Sablière à la Ville d’Arlon, pour les raisons déjà évoquées: besoin de place pour les petites entreprises afin de ne pas manger des terres aux agriculteurs, création d’emplois, sols pollués qui seraient décontaminés, zone périurbaine de peu d’intérêt… Toutes les qualités d’un bon projet.

C’était en 2017. Il y a seulement 2 ans. Il y a déjà 2 ans…

🏭 En quelques années, les projets qui verront le jour à court, moyen et long terme se sont multipliés sur Arlon: pseudo éco-quartier à Schoppach, transformation du site de la briqueterie en nouveau quartier, golf au Bois d’Arlon, sans oublier les 27ha de Seymerich où la ville envisage 700 logements… Et bien sûr le zoning de Sterpenich dévolu à de grandes enseignes et des activités récréatives ou encore le projet de nouveau centre commercial avenue de Longwy, tandis que le centre-ville continue de se vider…

🌍 En quelques années, le changement climatique s’est accéléré et ses effets se font sentir chaque jour. Les rapports scientifiques se succèdent, accablants, pour alerter, dénoncer un changement bien plus rapide que prévu, nous exhorter à prendre des mesures immédiates pour stopper l’effritement du vivant et l’effondrement des sociétés .

🍏 Nous sommes nombreux, ces dernières années, individuellement, à changer notre alimentation, manger moins ou plus de viande et de poisson, acheter local et sans emballage, utiliser le vélo plutôt que la voiture, décider de posséder moins, envisager des alternatives à l’avion, voire questionner le sens de notre métier… J’en fais partie. La plupart de mes actes passent, plus qu’avant, par une réflexion sur leur impact écologique et social. Je ne crois pas, je ne crois plus, au dogme «plus de croissance, plus de technologie, plus de marché susceptible de résoudre tous nos problèmes».

☀️ Face à la question climatique, il est fréquent que la responsabilité soit renvoyée au citoyen-consommateur. Oui, il faut faire sa part, mais les gestes individuels, même radicaux sont loin d’être suffisants, car «nous dépendons tous d’un cadre socio-technique, qui nous dépasse, fondé sur la consommation massive d’énergie» (Paul Jorion).

💰 La dynamique économique et la création d’emplois de proximité sont nécessaires, mais une prise en compte de plus en plus importante de la limite de nos ressources naturelles, du changement climatique et des contradictions de notre économie fondée sur une croissance sans fin s’impose progressivement à tous. A Arlon, l’action des Zadistes sur le site de la Sablière est une formidable opportunité de se remettre en question. Au-delà de la question et de la préservation de la biodiversité sur ce site précis, c’est un déclencheur pour repenser notre développement local. Et, plus largement le développement économique voulu par Idelux sur l’ensemble de la province.

↗️ Oui, en 2 ans ma réflexion et mon positionnement ont évolué. Ceux des bourgmestres et présidents d’intercommunale peuvent aussi changer. Espérons-le. Les Zadistes, eux, ne se trompent certainement pas de combat et Notre Dame des Landes a démontré que des combats «illégaux» amènent parfois les décideurs à changer de position.

«La biodiversité, nous en faisons partie : la nature, c’est nous. Nous ne sommes pas à côté d’elle. Dès que l’on admet cela, on comprend que détruire les écosystèmes revient à s’auto-agresser, qu’opposer la protection de la nature d’un côté à la création d’emplois et au court terme économique de l’autre est d’une totale stupidité». Gilles Bœuf, biologiste, ancien président du Muséum national d’histoire naturelle, in Le Monde.