Category Archives: Appels et textes

CORONARCHIE – Dominique Bodart

À vous qui attendez (encore !) des consignes de bon sens de nos institutions incohérentes, sachez que :

– En France, les citoyens ont été pris en otages pour participer à des élections tout à fait secondaires en rapport à l’urgence de la crise sanitaire
– la publicité vous incite toujours à consommer
– les émissions de promotion du tourisme fonctionnent toujours plein tube
– les matchs de football remplissaient encore les stades ce we
– les élections françaises ont été niées par 55 % des électeurs
– le monde politique belge faisait la fête dans les établissements horeca, et ce, notamment à Namur, avant fermeture
– malgré les cas de maladies indéterminées au travail beaucoup d’ entreprises intiment toujours à leurs employés et ouvriers à se rendre au travail comme si de rien n’était
– tout à coup, les bien-pensants prennent conscience que malgré leur statut, eux aussi peuvent choper le virus. De ce fait, ils s’insurgent subitement contre les exclus du système qui rappellent que eux n’ont plus accès, ni à la médecine, ni « aux réserves » depuis belle lurette…
– les huissiers continuent de mettre leur couteau sous la gorge des « austérisés »
– les multinationales continuent de pomper le fric dans la poche des gens… Ainsi, Engie Electrabel supprime les plans d’appurement pour les factures de fin de décompte en électricité
– les gens sont mis en chômage technique, leur salaire baisse, mais les emprunts hypothécaires continuent de courir
– les mesures de confinement sont décidées au goutte à goutte, au cas par cas, sans cohérence
– le permafrost (pergélisol) continue de fondre. La réserve de virus (antrax, SRAS, et autres joyeuseté) se libère, et risque de venir sur-ajouter à terme, d’autres crises sanitaires
– les fondus du travail et de l’argent ne changent rien à leur comportement, certains venant même malades au taf, car cela serait apprécié par leur manager (sic)
– etc, etc…

Bref, c’est la merde…

Ce n’est pas faute pourtant d’avoir reçu plein d’avertissements de la nature : Ainsi, entre autres, la fièvre catharale, dite « maladie » de la langue bleue, qui contamina chez nous en 2007, pas moins de 30 000 ovins et 40 000 bovins. Par cause d’un moustique culicoïde sub- saharien « qui avait pris l’avion ou le bateau »… et qui grâce au réchauffement, s’est reproduit sous notre aire lui devenant favorable. Mon cheptel (je produisais des moutons ardennais roux) ne tomba curieusement pas malade, contrairement à d’autres qui furent décimés… Est-ce parce qu’il était immunisé par la bonne herbe grasse de prairies très bio-diversifiées. Elles contenaient notamment de l’armoise qui passe pour très bénéfique au système immunitaire des ovins ?

Toujours est-il que de la légionellose à la peste porcine, le monde sauvage nous rappelle plus d’une fois au bon sens.

Je terminerai par ceci, attendre des consignes d’un monde pyramidal en rupture de confiance avec sa base est aussi illusoire que croire que le capitalisme et le libre-échange, va nous sauver des crises à venir.

De dire encore, que le bon sens populaire existe, et que les gens peuvent être à même de savoir ce qui est bon pour eux ou pas (je sais, ça fait fort « rousseauiste »), mais que, attendre le salut du monde politique est un doux rêve.

Par contre je crois que la résilience viendra du local, du circuit court, et de la capacité de nos petites cellules de vie que sont villages, hameaux, quartiers, à s’auto-construire, et à s’auto-organiser, dans la latéralité de l’humain solidaire et autonome.

Ce qui est petit, définitivement reste mignon.

Courage à tous. Bon sens, et bienveillance.

Réapprenons le commun collaboratif, de nous-mêmes, conscient de notre valeur et de nos forces, il est plus que temps. ZAD partout, et Coop partout.

« Voici une ZAD qui s’est mise sous la protection des oiseaux.»

Vinciane Despret et Alessandro Pignocchi signent en commun cette superbe préface de « A vol d’oiseaux – poésie depuis la ZAD de la Sablière » : recueil, édité par le Mot : Lame, de proses, poésies, morceaux de journaux intimes, chansons, contes et déclarations de guerre.  Mais aussi de photos, dessins et caricatures.

Sortie du livre le 12 mars à l’ 𝖆 𝖓 𝖆 𝖙 𝖍 𝖊̀ 𝖒𝖊 // Pour mettre le monde en vacance., rue des éperonniers 52, 1000 Bruxelles, de 12 à 15h.

PRÉFACE DU RECUEIL À VOL D’OISEAUX DU CONSEIL VOLATILE

Voici une ZAD qui s’est mise sous la protection des oiseaux. C’est une idée qui non seulement me plait, mais qui a beaucoup de sens (et beaucoup de significations, les significations étant les mélodies des choses non pas laissées à elles-mêmes, mais invitées à nous aider à réinventer un autre rapport à elles : vous allez, dans les pages qui suivent, les entendre ces mélodies).
Une idée qui a du sens. Car les oiseaux s’y connaissent en matière de zones à défendre — c’est d’ailleurs ainsi que se définissent, selon les ornithologues, les territoires, comme « n’importe quel lieu défendu ». C’est une belle idée de se mettre à leur école, à condition bien entendu de défendre le mot même de « territoire » contre toute accaparation qui renverrait à l’idée de propriété privée. Car les oiseaux n’ont pas de propriétés, seulement des usages. C’est cela un territoire. Et les oiseaux s’y connaissent bien en matière d’usages. Ils savent que chanter fait territoire et qu’un territoire fait chanter. Et ils savent, de leur longue alliance avec les herbes, les plantes, les arbres et leurs fruits, ce que veut dire essaimer. Et de tout cela, ils savent qu’il n’existe de vie viable que par des pratiques multiples et enchevêtrées.

Voici une ZAD qui s’est mise sous la protection des oiseaux. De la même manière qu’a pu s’écrire, à propos de cette ZAD sœur qu’est Notre-Dame-des-Landes, « que c’est aussi le bocage qui a fait usage de nos corps ces dernières années pour défendre son intégrité », l’on sent ici que les oiseaux ne sont pas des métaphores poétiques. Pas du tout, même s’ils donnent des ailes aux plumes des poètes zabliers. Les oiseaux protègent le temps vécu et ils ont pris le parti des choses fragiles et bonnes, ils ont pris le parti « des êtres forêts, des êtres hésitants et des êtres lassés », comme vous le lirez. Et de toutes les alliances que depuis des centaines et des centaines de milliers d’années les oiseaux ont tissées avec les plantes les arbres la terre, ils ont appris comment être pris dans les usages des autres. C’est peut-être également pour cela qu’ils chantent. Ils disent aussi, « nous sommes là, et vous ne pourrez pas faire sans nous ».

On parle de double mort quand la disparition d’un être entraîne l’extinction d’un autre. On devrait inventer le terme « double vie » à propos de ce qui se passe là-bas, chez ceux qui se sont mis sous la protection des oiseaux. Ce terme qui se donnerait comme l’exact inverse de celui de double-mort désignerait alors le fait qu’une manière de vivre, par un être, ouvre pour d’autres des possibilités de vivre à leur tour (ou de vivre, à leur tour, d’une autre manière). Nous ne savons pas jusqu’où va la puissance de ce qu’ils font exister là-bas, à la Sablière, jusqu’où cette puissance irradie, ce qu’elle tient éveillé comme espoir, comme possible à activer. On ne sait pas encore, mais la poésie sans y répondre maintient la question ouverte et vivante. En zigzag.
Voilà une ZAD qui a mis le réel sous la protection des oiseaux. Car c’est bien cela dont il s’agit : d’un refus plein de joie et de rage de renoncer au réel et de s’en laisser déposséder. C’est cela écrire avec la pugnacité des oiseaux sur un territoire, écrire avec la méchanceté des pies, des mots courts et rentre dedans qui font sentir « le désir de protéger et étendre la puissance de qui l’on aime », avec des verbes d’arbres qui dansent, avec les mots énervés des mésanges et ceux d’un moyen duc ensommeillé sous la pluie.

Voilà une ZAD qui s’est mise sous la protection des oiseaux pour explorer, par l’écriture, la joie de raconter et la rage à partager. «Le langage, disent-ils et elles, doit dire le monde, pas tourner sur lui même. L’expérience de l’écriture est indissociable de la nécessité des luttes. Il faut défendre ce qu’il reste à écrire ou rédiger des tickets de caisse».

Bétonner, une question de survie pour Idélux

Utiliser les sols avec parcimonie est une évidente nécessité justifiée par le besoin de protéger la biodiversité, de conserver des terres nourricières, de préserver la nappe phréatique, notamment. IDELUX en est incapable et cette incapacité tient à son existence même : sans extension de l’artificialisation des sols, IDELUX ne survit pas, simplement parce qu’IDELUX se finance par la plus-value engendrée par la vente de terrains. L’intercommunale opère comme un promoteur immobilier, sauf qu’en plus, elle dispose du pouvoir d’expropriation et perçoit des aides régionales (dont, soit dit en passant, bénéficie aussi le partenaire privé, Belfius, au travers des dividendes perçus). La mécanique opératoire est simple : acquisition, équipement et vente. Sans achat (ou expropriation) de nouvelles terres, pas de vente, pas de plus-value, pas de rentrées financières pour payer ses employés. IDELUX, contrairement à d’autres intercommunales de développement, est « self-supporting » (comme on peut lire dans le rapport du MOC de 2016¹).

Cette boulimie foncière congénitale dont souffre IDELUX explique bien de choses.

1. L’absence d’intérêt pour une vision stratégique de l’aménagement du territoire à l’échelle de la province et la complaisance face aux rivalités communales.
Quand la vente de terrains est votre gagne-pain, vous n’allez pas vous-même vous donner des contraintes et limiter vos possibilités par des considérations de stratégie publique. Se doter d’une vision de développement pour la province, ce serait, pour IDELUX, réduire sa liberté d’action de promoteur immobilier. Et à l’inverse, entretenir la compétition municipaliste (chaque collège communal veut son parc d’activité économique – le MOC parle de « concurrences stériles »), c’est s’assurer qu’en tant qu’intercommunale on aura toujours des demandes locales auxquelles on s’empressera de répondre.

2. L’inflation des surfaces commerciales mises sur le marché depuis une vingtaine d’années, en particulier sur le territoire arlonais (moyenne de 407m² de surface commerciale pour 100 habitants, contre 170m² en Wallonie).
Si de grosses enseignes commerciales viennent sonner à votre porte pour acquérir du terrain et que vous pouvez, de la sorte, faire quelques juteuses opérations immobilières, vous le faites, peu importe si vous êtes en train de créer une surcapacité commerciale et donc des déserts dans les centres urbains²; peu importe si vous êtes en train d’offrir un cadeau public à la grande distribution nationale ou internationale qui n’en n’a pas besoin.

3. L’incapacité d’IDELUX d’agir comme agent immobilier sur le marché, plutôt que comme promoteur immobilier³.
Idéalement, l’utilisation parcimonieuse des sols voudrait qu’IDELUX se préoccupe avant tout d’optimiser l’usage de l’existant. Cela suppose de tenir un inventaire actualisé en permanence de l’offre d’immeubles et de terrains déjà artificialisés, qu’ils appartiennent au public ou au privé. Or, le seul inventaire dont dispose IDELUX est celui de ses propres parcs d’activités (et pour cause). Un bon agent immobilier possède aussi un inventaire actualisé de la demande. IDELUX travaille sur la base de données théoriques (« Arlon a besoin de 40ha »), qu’on tente d’illustrer par des demandes présentées comme exemplatives (l’entreprise de toiture Schoppach – eh oui – revient souvent) qui sont forcément partielles et dont on ne connaît pas les raisons réelles. On est frappé, en lisant les avis des instances consultatives (pôles AT et Environnement du CESW), par le constat répété de l’indigence ou de la faiblesse de l’analyse des besoins dans les études d’incidences des différents projets publics (notamment les PCA). Jouer un rôle pro-actif et dynamique d’agent entre l’offre existante (toute l’offre) et la demande (répertoriée objectivement), c’est la première mesure d’utilisation parcimonieuse des sols. Elle est d’ailleurs recommandée par la CPDT⁴. IDELUX, enfermé dans son besoin vital de vente, n’a pas trouvé d’intérêt immédiat à jouer ce rôle.

4. L’absence d’intérêt, dans le chef d’IDELUX, de s’attaquer aux opérations plus complexes comme le réaménagement de Site à Réaménager (SAR).
«Trop souvent, les SAR sont laissés à l’état de friches. En effet, cela coûte moins cher de développer les activités économiques sur de nouveaux terrains plutôt que de réhabiliter les SAR» lit-on dans le rapport précité du MOC. Exemple emblématique (pour notre sujet) : Stockem. Le dossier est complexe : pollutions, propriétaires publics, enjeux de mobilités, dimension transfrontalière, etc. On a cru comprendre que la Ville d’Arlon voulait en conserver jalousement la gestion, avec certaines idées derrière la tête (le WEX arlonais). On comprend aussi le peu d’empressement d’IDELUX de s’en mêler, vu le faible retour sur investissement escompté. On peut se demander, à cet égard, pourquoi IDELUX (ou la Ville) n’examine pas la possibilité d’exproprier Infrabel, les terrains et les constructions concernés ne relevant plus du domaine public puisque plus affectés à un service public (les ateliers ont été déménagés et Infrabel veut vendre, ce qui démontre bien la désaffectation).

5. L’absence de réflexion, et donc, à plus forte raison, de politique définissant le type d’activités économiques que l’Intercommunale voudrait stimuler dans ses parcs d’activités.
Oui, on parle désormais d’activité artisanale ou d’activité économique mixte. On écarte « la logistique et le commerce » (il était temps) mais on n’exclut pas « le commerce de gros » (la Briqueterie d’Arlon est citée comme candidate sur la Sablière). Au sein de la catégorie « artisanat et activité économique mixte », on est prêt à accepter beaucoup. Se présenteraient aux portes d’IDELUX, un assembleur d’armes, un sous-traitant de Monsanto, un réparateur de SUV, un installateur de piscines privées ou d’antennes 5G, un datacenter énergivore, etc, IDELUX signerait. Les immeubles seraient éco-construits; l’entreprise signerait une charte de respect de la biodiversité aux abords de son bâtiment; elle mettrait des vélos à disposition du personnel, etc. L’habillage vert permettrait de faire passer les implantations autorisées comme participant à la transition écologique alors qu’il n’en est rien : la logique resterait celle de la croissance économique aveugle entraînant nécessairement⁵ l’augmentation de l’empreinte écologique nationale déjà excessive.

Mener une réflexion sur les métiers et les activités de demain, ceux qui nous permettront d’accompagner l’indispensable décroissance économique et la transition sociale et écologique, mobiliser prioritairement ses propres outils publics pour aider ces métiers et ces activités à émerger, cela ne présente aucun intérêt pour IDELUX, tout simplement parce que cela ne contribue pas à son autofinancement.

La boulimie foncière congénitale est une maladie dégénérative. Tôt ou tard, elle amènera IDELUX à disparaître. On espère au plus vite.

Michaël Lucas

¹ MOC Luxembourg, Développement territorial et utilisation parcimonieuse du sol en Province de Luxembourg, Regard sur 10 ans (2004-2014), 2016, à télécharger sur le site du MOC Luxembourg et à lire !

² Il est établi que les mètres carrés commerciaux supplémentaires créent peu d’emploi (MOC, 2016).

³ Voyez à ce sujet l’intéressante proposition formulée, le 28 février 2020, par Guirec Halflants, conseiller provincial et observateur au CA d’IDELUX.

⁴ Conférence permanente du Développement territorial – Rapport final 2012 – Retombées des zones d’activité économique au niveau communal.

⁵ Sur cette inévitable liaison entre croissance économique et augmentation de l’empreinte écologique, et donc l’impossible découplage absolu, lire le rapport du Bureau Européen de l’Environnement (EEB) : « Decoupling Debunked. Evidence and arguments against green growth as sole strategy for sustainability », juillet 2019.

La Sablière : « Il n’y a pas d’alternative pour répondre à la demande des PME ». Vraiment ?

Voilà encore un argument avancé par l’intercommunale IDELUX et la Commune d’Arlon. Je me pencherai, dans les prochains jours, sur la réalité des besoins en espace pour les PME, sur l’offre, publique et privée, sur l’impossibilité fondamentale d’IDELUX de répondre à l’exigence de gestion parcimonieuse des sols et sur le type de développement économique souhaitable.

L’objectif de ce post-ci est de questionner la prétendue absence d’alternative à La Sablière pour accueillir les PME en demande d’espace. « Si on ne fait pas de parc d’activité économique (PAE) à La Sablière, les PME fuiront au Grand Duché » répète Mr Magnus (bourgmestre) dans ses déclarations à la presse.

S’il existe bien sur le territoire d’Arlon un site à réaménager (SAR), c’est l’ensemble connu sous le nom d’ « Anciens Ateliers de Stockem ». Un Plan communal d’Aménagement (PCA), initié par la Ville en 2012, a été approuvé par le Ministre régional le 26 juillet 2018 ; il vise une zone s’étendant sur environ 40 ha et délimitée par la ligne de chemin de fer, la rue de la Barrière, la route de Neufchâteau (N40) et le contournement (N82)¹. Voilà donc des terres partiellement artificialisées, proches d’une gare, et affectées, d’un point de vue planologique, notamment, aux activités économiques mixtes, c’est à dire, celles qu’on veut installer à la Sablière : les PME, l’artisanat.

Alors, qu’est-ce qui bloque ? Pourquoi, dès lors que « les besoins sont pressants », ce dossier est-il à l’arrêt ?

Difficile à dire.

Les autorités, IDELUX et la ville, relèvent qu’Infrabel est intraitable sur le prix de la vente, l’essentiel des terrains appartiennent en effet à cette dernière entité. Aussi, le Fédéral ne semble pas vouloir bouger sur la mise en œuvre du P+R de Viville.

Sur ce dernier point, relevons que l’espace prévu par le PCA pour le futur parking SNCB est tout-à-fait circonscrit et que l’indécision relative sur cet élément ne devrait pas empêcher d’avancer sur les autres parties (les anciens ateliers à proprement parler et les autres surfaces).

Concernant les négociations sur le prix, je ne doute pas que les échanges soient âpres². Mais je constate que la Ville n’a pas entrepris une série d’actions et d’initiatives qui auraient permis de faire progresser le dossier, en tout cas dans sa dimension « accueil des PME ». J’ai relevé quatre manquements, inactions coupables :

1/ Il n’y a pas d’étude objectivée de la pollution des sols. On sait que les terres sont polluées (métaux issues du trafic ferroviaire, dépôt de chlorure du MET) mais on en ignore l’étendue. Comment négocier un prix si cette donnée n’est pas objectivée ? Il semblerait que la SNCB dispose de ses propres études, mais la Ville n’a pas de données propres. Elle a négligé de répondre à la demande formulée en 2015 (10/09) et répétée en 2018 (26/01) par le Commission régionale de l’Aménagement du Territoire (CRAT) sur ce point.

2/ Stockem est repris dans l’inventaire régional des Sites à Réaménager (SAR) mais aucune initiative n’a été prise par la Ville pour faire reconnaître officiellement le site comme tel par la Région wallonne (définition du périmètre par arrêté du ministre). Or, sans cette reconnaissance, pas d’aide financière possible dans le cadre de la réaffectation des friches.

3/ La Ville n’a pas introduit de dossier pour émarger aux aides décidées, le 24 mai 2018, par le Gouvernement wallon dans le cadre Programme de financement alternatif SOWAFINAL 3 du Plan wallon d’Investissement. Pour donner un ordre de grandeur, une aide financière de 439.000 euros est prévue par ce plan pour le projet de PAE à la Sablière. Toujours dans le cadre de ce même programme, à Bastogne, le réaménagement de la Caserne militaire sera soutenu à concurrence de 2.652.000 euros.

4/ La Ville semble vouloir gérer ce dossier seule. Alors que l’affaire est complexe, mêlant dimensions juridiques, urbanistiques, économiques, foncières etc… et que les ressources et les compétences au sein de l’administration communale dans le domaine de l’aménagement opérationnel sont limitées, le Collège n’a pas donné mandat à IDELUX. Or, donner mandat à l’intercommunale, doté de services compétents, semble être généralement l’habitude dans ce genre de situation.

J’ai l’intuition que la réponse à mon questionnement est à trouver dans l’affectation projetée sur le site : Stockem, c’est le fantasme d’un WEX à Arlon : un centre de congrès, des méga-concerts, des défilés branchés, …. Le chef-lieu de la province n’y aurait-il pas droit? Libramont a bien son LEC. La Fashion Week (je ne parle pas de la Rave Party) a démontré le potentiel des anciens ateliers de la SNCB. C’est comme si toute l’attention des édiles communaux autour de cette zone avait été captée par le mirage du pôle événementiel, auquel, pour faire bonne figure, on colle un P+R et un espace multimodale, sans jamais bien expliquer l’articulation entre les deux activités.

Dans son avis du 26/01/2018 (non suivi par le Ministre), le Pôle Aménagement du Territoire du CESW (l’ancienne CRAT) justifie son opinion négative sur le PCA de Stockem en relevant notamment l’absence d’analyse de l’offre disponible en espace événementiel. Et de fait, on peut s’interroger sur ce qui motive la création de pareille infrastructure à Arlon, si ce n’est une vaine compétition de clocher que l’on espérerait dépassée. La région alentour n’est-elle pas bien pourvue en équipements de ce type? A supposer que la Maison de la Culture et le Hall polyvalent seraient saturés (permettez-moi d’en douter), faudrait-il pour autant ériger ce WEX arlonnais ?

Lors des discussions en Conseil communal relatives au projet de PCA, le 25 juin 2015, Mr Magnus mettait l’assemblée en garde : «C’est impossible pour la commune de se mettre un tel projet (ndlr le WEX arlonnais) sur le dos, étant donné qu’il faudra certainement des partenariats ». Le procès verbal poursuit en ces termes : « M. le Bourgmestre pense qu’il est trop tôt pour en parler car ils ne sont qu’à̀ l’étape de l’affectation générale des différentes zones, et il affirme que ce n’est pas l’objet du débat d’aujourd’hui ».

Je comprends mieux la stratégie et la raison des quatre manquements relevés plus haut: on aurait besoin d’un ou de plusieurs partenaires, privés s’entend, et une fois trouvés, on se débrouillera seul avec eux. Pas besoin d’IDELUX : le partenaire privé nous apportera l’expertise et la compétence nécessaire, comme cela se fait souvent³. Pas besoin des finances régionales, l’investisseur privé aura les reins solides.

Est-ce pour trouver la perle rare que Mr Magnus participe au MAPIC à Cannes⁴?

Prudente, la Ville a toutefois inscrit au PCA qu’à défaut de projet événementiel, les 30.000 m2 des anciens ateliers SNCB pourraient être affectés à d’autres développements économiques.

Bref, on récapitule : Stockem, ce sera prioritairement l’événementiel, un beau gros projet comme le WEX, qui fera la fierté du chef-lieu. Rien (ou presque) n’a été entrepris pour explorer la piste de l’accueil, sur le site, de nos sympathiques artisan.e.s locaux.ales à la recherche d’espaces nouveaux. On aurait pu imaginer une belle halle de l’artisanat, un projet intégré mettant en valeur le patrimoine, avec et pour des artisans locaux. Mais non. L’artisanat (ou, à tout le moins, les activités considérées comme telles par les autorités : Briqueterie, « une entreprise de services aux voitures », un concessionnaire de voitures, …) ira sur la Sablière;
c’est bien plus facile qu’à Stockem. Et en même temps, IDELUX aura sa petite poire pour la soif. Bien vu.

La ZAD fera-t-elle voler ce scénario en éclat ? Une Sablière préservée et d’anciens ateliers SNCB se réinventant en ruche de métiers véritablement artisanaux ? « Cessons de faire toujours plus, faisons mieux » ais-je entendu récemment. Mesdames, messieurs les décideurs.euses arlonnais.es, la ZAD vous y invite⁵.

Michaël Lucas

¹A noter que ce plan ne couvre pas la parcelle ferroviaire allongée à l’ouest de la gare de Stockem (une autre réserve d’environ 20ha).
²Ô absurdité symptomatique de la gestion publique néolibérale dominant notre pays: un service public, Infrabel, pour se financer, se comporte comme un privé, il cherche à valoriser au maximum sa propriété, sans se soucier de l’intérêt général d’un gestion parcimonieuse du sol. A noter que la question de l’expropriabilité d’Infrabel en l’occurrence, mériterait d’être examinée, les biens concernés ne relevant plus du domaine public.
³Ah! cette tendance que les pouvoirs publics ont de laisser la gestion de leurs dossiers entre les mains de consultants et de partenaires privés, s’en remettant entièrement à une compétence et une expertise toujours intéressées.
⁴Le MAPIC se définit comme « l’événement international de référence dédié à l’immobilier de commerce et de la distribution ». « En 2019, 8 500 participants sont attendus au Palais des Festivals de Cannes enseignes, marques, pure players, centres commerciaux & lieux de transit, promoteurs, investisseurs, villes & planificateurs urbains, opérateurs de loisir, bureaux et groupes hôteliers. Ce sera aussi l’occasion du lancement du 1er événement dédié à l’intégration du loisir dans les lieux de vie et de commerce! ». Il y a aussi, toujours à Cannes, le MIPIM (Marché international des Professionnels de l’Immobilier), en mars de chaque année. IDELUX et la Ville d’Arlon y participent aussi régulièrement
⁵Toutes les données présentées dans ce post sont vérifiées. Je tiens mes sources à disposition.

ZAD INTÉRIEURE ; un monde un (et presque) parfait.

>> Réflexions d’une zadiste

La ZAD n’est pas seulement le lieu d’un combat écologique et politique. Toutes celles et ceux qui y passent et y vivent l’ont perçu ou l’expérimentent pleinement, elle est aussi le terrain propice de nos combats internes.

Contre le zoning et Son monde

Nos idéaux – notre besoin d’action – notre volonté d’échapper à la matrice – notre marginalité rencontrant enfin ses semblables – nos peurs et nos espoirs atténués et ravivés par le désir de créer sans entraves. Conscients d’investir la ZAD contre le zoning et son Monde, nous partons en lutte, déterminé(e)s, prêt(e)s à déconstruire l’Immonde, mais sans doute moins avisé(e)s de la déconstruction qu’il faudra opérer sur nous-mêmes. Arrivé(e)s tels que notre passé nous a façonné(e)s, nous transportons avec nous ce que d’aucuns appellent nos “origines”, notre “condition sociale”. Et malgré les efforts que nous avons fournis afin d’ouvrir notre intellect aux choses qui nous semblent justes et bonnes, nous nous faisons les vecteurs de mécanismes ancrés si profondément que le chemin vers leur rationalisation est le combat de toute une vie. Alors, à la ZAD, on vient aussi – se construire – se détruire – se réparer – se cacher – tenter d’enrayer la folie – entretenir ses addictions sans contraintes ou au contraire les combattre – réapprendre à communiquer- refuser les concessions là où nous en avons trop faites – projeter notre idéal sur la brèche nouvelle que constitue l’opportunité d’un tel univers.

Un idéal presque parfait

Presque inéluctablement, nous voilà désireu(ses) de façonner la ZAD à notre image! Chacun(e) peut alors mesurer avec plus ou moins d’appréhension, la sagesse ou le paradoxe de cette phrase bien connue “ la liberté s’arrête là où commence celle des autres “. Si philosopher a parfois pu faire que les plus sages deviennent les plus fous, ou les plus fous, les plus sages, on pourra certainement jurer que le concept de liberté individuelle y a joué, quelque part, son rôle vertigineux. La ZAD à notre image constituerait l’endroit où notre liberté serait garante de la reconstruction d’une communauté humaine plus égalitaire, moins oppressive, soudée autour d’un objectif commun et où nous serions pris en compte d’abord pour ce que nous sommes et non pour ce que nous produisons ou ne produisons pas. Et si nous mesurons notre liberté à ce que nous pouvons faire et dire, être et penser, alors à quel moment sommes-nous certains que notre ZAD est aussi celle de l’autre? Quelle échelle de valeurs allons-nous appliquer à nos jugements ? Comment dépasser nos conditionnements afin de ne pas reproduire le monde dont nous voulons sortir et ne pouvons prétendre n’être marqués au fer rouge? Comment et pourquoi combiner avec la diversité des personnes que nous rencontrons, avec qui nous cohabitons presque chaque jour, et dont les travers heurtent parfois nos idéaux?

“ – Ce garçon a tabassé une fille, il doit partir!

– Cette fille boit trop d’alcool, je voudrais l’aider.

– Celui- là, il devrait voir un psy? Qui sait? Il parait qu’il suivait un traitement.

– Arrête de parler tout le temps, je ne m’entends plus penser!

– Pourquoi tu ne dis jamais rien?

– J’en ai marre qu’elle me drague! Elle m’a sauté dessus!

– Tu fais ça parce que je suis une fille?

– Ils ne comprennent rien!

– Je n’ai pas envie.

– Intello!

– Fils de bourges!

– Baraki!

– Machos! ”

Maintenant que nous avons passé les premières embûches ensemble, confronté et parfois chassé les personnes les plus nocives, nous voici un peu moins centrés sur la lutte, un peu plus sur l’autre, et à nouveau sur nous-mêmes. Une nouvelle temporalité s’offre à nous et nous entrevoyons la possibilité que cela dure longtemps. Enfin, nous nous demandons ce que nous foutons ensemble!

Être là, ou faire fonctionner ce qui est là

De toute évidence, la ZAD n’est pas un monde parfait. Elle est composée d’une partie de nos démons, de ceux qu’il est inévitable de trouver dans une société humaine. De toute évidence il faudra, à la ZAD comme en dehors, tisser des liens gouvernés par l’affect et la complicité, à travers lesquels nous nous sentons plus forts, et prêts à côtoyer l’extrême différence inhérente à la diversité des hommes et des femmes. Il faudra s’investir, mettre en avant les valeurs que nous souhaitons partager, et accepter parfois que seul le temps permettra de juger. La zone à défendre, celle qui est en nous, pourra alors se déployer et transformer ce qui nous affaiblissait jadis.

Que le macho côtoie la féministe, le timide l’extraverti, l’étranger l’autochtone, le végan l’omnivore et le soulard celui qui est sobre! Que toujours nous puissions confronter nos points de vue, car le monde parfait n’existe pas. Notre force pourrait être de l’accepter.

Faisons fonctionner ce qui est là! Ou encore :

“ À celleux que cette situation a mis.e mal à l’aise, qui se sont senti.e.s impuissant.e.s en rage, voire qui sont parti.e.s.

Faites tourner à celleux qui ont lutté/luttent encore/voudraient lutter encore contre Idélux et son monde. ”

sincèrement, ZAD PARTOUT

La Sablière, un site pollué, une friche. Vraiment ?

« La Sablière est une friche, un site pollué. Il convient de le dépolluer et pour cela, il faut y ériger un parc d’activité économique (PAE) ». C’est la petite musique répétée à l’envie et relayée avec une certaine complaisance par le MOC.

Hier encore, lors de l’inauguration de la ZAD 0.-1, un administrateur d’IDELUX m’opposait cet argument « Comment pouvez-vous, vous qui défendez la nature, refuser la dépollution de cette friche ? ». Quant au sympathique et nuancé professeur honoraire Feltz, il allait, jeudi soir, jusqu’à parler de « bombe à retardement » (sic) pour la nappe phréatique…

La Sablière, un site pollué, une friche. Vraiment ?

Si c’est le cas, on devrait commencer par questionner la Ville d’Arlon : en tant qu’ancien propriétaire du terrain, pourquoi et comment a-t-elle laissé la situation se dégrader à ce point ? Qu’a-t-elle entrepris par rapport à l’exploitant de la carrière ou les autres opérateurs ?

Mais au delà de cette question de responsabilité, tentons d’objectiver la discussion.

La taille de la zone polluée

On apprenait, jeudi soir, par la voix du MOC, que la zone polluée représente 300 m2. 300 m2, c’est 3 ares (3, ça fait déjà moins impressionnant que 300). La Sablière, elle, fait 31 hectares. En mètre carré : 310.000. Donc, la pollution porte sur 3 ares, dans un ensemble que en fait 3.100. Le rapport est de moins de 1 sur 1000. Oui, UN MILLIEME. Une friche donc.

La nature et la gravité de la pollution

Lors d’une des 3 rencontres publiques de pré-présentation du projet de Parc d’activité économique* (organisée en décembre et où IDELUX a eu la gentillesse d’accepter des non riverains), j’apprenais, de la bouche de la juriste de l’intercommunale, que la pollution est constituée de sables de fonderie, de débris de fer et de bois, et de tâches d’hydrocarbures et que l’étude sur la pollution du site, publiée en 2014, conclut à l’absence de menace pour la nappe phréatique (pas de dépassement dans les eaux souterraines), à l’absence de danger pour la biodiversité mais à un risque pour la santé de l’homme, selon l’usage – professionnel (catégorie 4) – qui sera fait du terrain. Je n’ai pas eu accès à cette étude de 2014, mais voici ce qu’en disait Mr Magnus lors du Conseil communal de mars 2017: « IDELUX a fait une étude de pollution qui ne s’avère pas importante », confirmant les propos de son prédécesseur, Mr Biren (« M. BIREN … pense qu’il faut signaler au Conseil que le problème de pollution n’est pas énorme. Il semblerait qu’il y ait eu sur ce terrain une station d’essence pour le chantier de l’ancienne carrière de sable ») (voir le PV du CC). .

Parti pris

Voilà donc un projet d’artificialisation du sol de plus de 1.700 ares (c’est la surface au sol qu’IDELUX espère pouvoir commercialiser – je ne compte donc pas la voirie) qu’on justifie notamment par le besoin de dépolluer … 3 ares. De plus, ce besoin de dépollution n’est rendu obligatoire précisément que parce qu’on compte y installer de l’activité professionnelle (risque pour la santé humaine – catégorie 4).

Souvent, quand on examine et décortique les arguments techniques et juridiques, on y décèle des faiblesses et des failles qui révèlent un parti pris idéologique ou/et intéressé.

Mr Deblire (président d’Idelux), jeudi soir, relevait qu’il avait lu les PV des 3 réunions d’information et qu’il ressortait de ces PV qu’il n’y avait que très peu d’opposition contre le projet de PAE. C’est amusant comme on interprète les choses : quand j’assiste à une réunion d’information, je m’informe, je pose des questions. Je n’exprime pas mon opinion. Enfin bon, un riverain présent au débat du MOC s’est empressé de signifier, avec une belle fermeté d’ailleurs, à Mr Deblire que son interprétation était légèrement faussée.

Michaël Lucas

Appel à écrire aux administrateurs.rices d’Idelux avant le 6 décembre 2019

LA « JUSTICE » DE « PAIX » D’ARLON A AUTORISÉ IDELUX À LANCER LA PROCÉDURE D’EXPULSION DE LA ZABLIÈRE, prélude à la destruction de la Sablière.

Le Conseil d’Administration d’IDELUX se réunit ce VENDREDI 6 DÉCEMBRE et devrait décider quand mettre en œuvre l’expulsion: immédiatement (après exploit d’huissier et délai de 8 jours laissé pour quitter les lieux), ou au terme d’un délai plus long, après dialogue, …
Voyez ci-dessous, la liste des membres du CA d’IDELUX et des invités et observateur présents au CA. Interpellez les avant vendredi. Avec vos propres arguments, faites pression sur eux pour qu’ils interviennent en faveur d’un moratoire à l’expulsion.

Philippe Bontemps (Province – CDH) – PH.BONTEMPS@YAHOO.FR

Elie Deblire (Président – Vielsalm – CDH) – ELIE.DEBLIRE@ILLEPS.SKYNET.BE

Francis Demasy (Leglise – CDH) ?

Marc Gauthier (Tenneville -CDH) – MARC.GAUTHIER@TENNEVILLE.BE

François Kinard (Aubange – CDH) – F.KINARD@PROVINCE.LUXEMBOURG.BE

Vincent Magnus (Arlon -CDH) – SECRETARIAT.BOURGMESTRE@ARLON.BE

Bernard Moinet (Province – CDH) – BERNARD.MOINET@PROVINCE.LUXEMBOURG.BE

Carmen Ramlot (Rouvroy CDH) – CARMEN.RAMLOT@PROVINCE.LUXEMBOURG.BE

Alain Deworme (Arlon – MR) – ALAIN.DEWORME@ARLON.BE

Guy Gilloteaux (La Roche en Ardenne MR) – COLLEGE.ECHEVINAL@LA-ROCHE-EN-ARDENNE.BE

Michel Jacquet (Province – MR) – MICHEL.JACQUET@PROVINCE.LUXEMBOURG.BE

Anne Laffut (Libin -MR) – ANNELAFFUT@GMAIL.COM

Jessica Mayon (Province MR) – J.MAYON@PROVINCE.LUXEMBOURG.BE

Benoit Piedboeuf (Tintigny MR) – BP59@YAHOO.FR

Yves Planchard (Florenville PS) – YVES.PLANCHARD@FLORENVILLE.BE

Philippe Courard (Hotton PS) – COURARD@COURARD.BE

Francis Steifer (Province PS) – FRANCIS.STEIFER@PROVINCE.LUXEMBOURG.BE

EXEMPLE DE COURRIER :

Madame, l’administratrice, Monsieur l’Administrateur d’Idelux,

Comme vous le savez, le GIEC ne cesse de répéter que la menace climatique est grave, la situation, urgente et qu’il faut prendre des mesures radicales maintenant. Les scientifiques nous alertent également sur la perte accélérée de la biodiversité, une sixième extinction, et la disparation aussi rapide des sols naturels.

C’est pourquoi des jeunes et des moins jeunes de partout, Arlon, environs et ailleurs qui prennent très au sérieux ces études et alertes – contrairement à nombre de leur ainés -ont décidé d’occuper la Sablière de Schoppach pour en empêcher sa destruction et sa bétonisation.

Ces jeunes sont courageux, déterminés. Ils nous ouvrent les yeux sur notre passivité face à la détérioration de notre environnement depuis plus de 40 ans dans la province. La nature est écrasée, elle disparaît sous le poids des projets immobiliers. Des dizaines d’espèces de papillons et d’oiseaux, et la majorité des insectes ont disparu ou sont menacés de disparition.

Je voudrais vous prier de demander un peu d’humanité à votre prochain conseil d’administration. Nous ne voulons pas que ces jeunes qui défendent leur futur soient agressés, gazés et blessés par la police, risquent de mourir en fuyant vers l’autoroute ou en tombant du sommet de la falaise de la Sablière parce qu’IDELUX a fait envoyer des agents de police pour les expulser par la violence.

Ils ont le droit d’espérer un futur pour cette planète.

Alors s’il vous plait Madame, l’administratrice, Monsieur l’Administrateur, dites non à l’expulsion de de la Sablière !

Communiqué – État de siège à Arlon

Depuis une semaine la sûreté de l’État met un climat de terreur sur Arlon. Arrestations arbitraires, insultes racistes et homophobes, profilage à la gare et rumeur d’une manifestation qui engendrerait le chaos dans le centre ville (alors que cet impressionnant dispositif répressif crée justement le chaos !)

Force nous est de constater que malgré l’annulation de la manifestation, prévue pour aujourd’hui, afin d’apaiser les tensions, ça n’a pas suffi à démontrer notre bonne foi et notre volonté de dialogue.

Nous subissons une répression disproportionnée, un état de siège, une cinquantaine de combis et 2 auto-pompes à 6 min de la Zablière, une vingtaine de policiers à cheval, des centaines de places de parkings interdites, deux sorties d’autoroute fermées, un hélicoptère qui tourne autour de celle-ci depuis 10h ce matin comme si nous voulions poser des bombes …

Venez nous soutenir, ils ont pété les plombs!

La ZAD et le malaise des politiques

La ZAD d’Arlon crée un malaise chez les politiques arlonais et luxembourgeois; elle les rend nerveux et fébriles. A mon avis, essentiellement pour deux raisons: elle les sort de leur terrain de jeu habituel; elle leur demande de cesser de faire ce qu’ils ont toujours fait.

Des actions et un débat hors cadre

La ZAD est spontanée et se joue des cadres institutionnels. Ses délibérations se tiennent en assemblée, dans l’inconfort d’un bois froid et humide mais dans la douceur et la sincérité du respect mutuel. La ZAD, occupation pacifique, non violente et autogérée d’un bois abandonné, est un autre monde pour nos politiques.
Eux (les politiques) sont habitués aux rencontres et aux procédures formatées dont ils maitrisent tous les codes, usent et abusent de toutes les ficelles. Leurs cris, leurs intimidations, leur cynisme, leur ironie, leur mauvaise foi et leurs combines sont sans impact sur ceux qui se placent en dehors de leur système. Le bouillonnement diffus et fécond qui germe en parallèle, sur les réseaux sociaux et dans l’espace public, échappe, lui aussi, à leur contrôle. Nos politiques se sentent impuissants. Difficile à vivre pour des patriarches aux accents finkielkrautiens.

“Cessez de faire ce que vous avez toujours fait”

Ils ont toujours construit de nouveaux zonings pour accueillir l’activité économique. Ils disent: “on construit parce que la demande est là”. En fait, ils construisent et se convainquent que la demande et l’activité économique suivront. Leur opérateur IDELUX agit comme un promoteur immobilier, cherchant à valoriser ses biens, parfois expropriés, s’inscrivant en plein dans une logique de concurrence (entre communes, entre provinces, avec le Grand Duché). Ils ont toujours fait la même chose: dérouler le tapis rouge pour cette croissance économique devenue mantra, caractérisée dans notre région par toutes sortes d’inflations – inflation des prix, inflation des constructions, inflation des commerces de périphérie, inflation de la circulation automobile, etc – engendrées par cette écœurante “prospérité” grand-ducale.

La ZAD signifie: “cette politique extensive de bétonisation, ce tapis rouge pour la croissance, cela ne peut plus durer”. Bien que l’avertissement parle, au loin, à nos politiques pas tout-à-fait aveugles, ils sont tétanisés par l’idée de devoir stopper du jour au lendemain ce qu’ils font depuis toujours (peut être la seule chose qu’ils savent bien faire). Malaise, angoisse, incompréhension, résistance maladroite, … Le phénomène touche tout le monde politique, à des degrés divers et dans des mesures multiples, par-delà les clivages partisans.

Mais pourquoi dire STOP ici, à la Sablière ? Pourquoi arrêter maintenant ?

On entend la même musique: “la Sablière ne présente pas de grand intérêt biologique”. Certains, parmi les politiques vont jusqu’à dire: « voyez plutôt du côté du futur golf du Bois d’Arlon; la menace pour la biodiversité y est bien plus forte”. Ou encore: “gardez vos forces pour Houdemont, dossier autrement scandaleux en terme d’aménagement du territoire et d’environnement”. En tout cas, je note. Les Arlonais.es et les Luxembourgeois.es seront attentif.ves à ce que ce discours soit tenu avec la même fermeté lorsqu’il s’agira de contester ces projets-là.

On entend aussi: “mais pourquoi maintenant, alors que nous sommes saisis de demandes de petites PME et d’artisans. Nous ne pouvons pas les ignorer. Ce ne sont, au demeurant, pas des multinationales”.

Je prends à nouveau acte: si c’étaient des multinationales, il en irait donc différemment. Voilà un deuxième acquis. Je m’interroge toutefois sérieusement sur le fait que la construction d’un zoning (à la Sablière ou ailleurs) soit la seule réponse possible à la demande (dont on ignore d’ailleurs la véritable ampleur).

Mais sur un plan plus large et de manière plus fondamentale, à l’interpellation: “pourquoi ici? pourquoi maintenant?”, je réponds simplement: “parce que la ZAD est là”. Pour être franc et pour rester crédible, je n’ai pas envie de proposer à la ZAD de plier bagage et de revenir dans quelques années, lorsque la construction de l’hôpital dans les champs sera à l’enquête publique, de revenir lorsqu’on aura répondu à la demande de tous les petits artisans et qu’il ne restera plus que celle des multinationales (vue de l’esprit). La ZAD est là, je n’ai choisi ni son timing ni sa localisation, mais elle est bien là, pacifiquement, sans violence (j’insiste sur ce dernier point; et si vous en doutez, rendez-vous sur place, rencontrez vos voisins de la Zablière).

Les discussions sur l’intérêt biologique de la Sablière, intéressantes et importantes, n’en sont pas pour autant fondamentales; à Houdemont ou ailleurs, les partisans du “on continue comme on a toujours fait” développeront une nouvelle argumentation particulière tentant de justifier leur projet, mais entretemps, le processus d’extension et de croissance aura encore progressé, avec les conséquences désastreuses qu’on connait, documentées et mises en lumière chaque jour mais sans doute encore trop abstraites pour créer un véritable électrochoc.

Parce qu’on se connait, parce qu’on est humain et que notre cerveau bugge (Sébastien Bohler, “Le bug humain”, ), parce qu’il bugge encore plus quand on est, comme la majorité de nos politiques, mâle blanc dominant (Dan Kahan), on cherchera toujours à repousser le point d’inflexion, le moment où on dit: “maintenant, on arrête”. Et au plus on tardera, au plus les choix seront difficiles et contraints, au plus les tensions seront exacerbées. (voir à ce sujet l’excellente présentation d’Arthur Keller, “Effondrement; seul scénario réaliste?” ).

La ZAD est là; acceptons son questionnement fondamental (on devrait même dire: soyons reconnaissants :-); inspirons-nous de son expérimentation pour envisager comment, concrètement et dès aujourd’hui, inverser le cours des choses, infléchir enfin la courbe de notre empreinte écologique, cesser d’exploiter la nature et commencer à la régénérer. La démarche impose modestie et courage, un exercice à coup sûr inconfortable pour certains politiques.

L’énergie qui est déployée maintenant autour de la ZAD en générera de nouvelles à Houdemont, au golf du Bois d’Arlon, à Bierset et ailleurs.

ZAD partout, c’est réconfortant!

Michaël Lucas

! MARCHE ANNULÉE !

Le 29 Novembre 14h : Appel à une Marche des Luttes de territoire de Arlon à la ZAD – grève mondiale pour le climat

Nous avons été des dizaines de milliers. Nous avons marché. Nous nous sommes mis en grève pour le climat.

La ZAD d’Arlon vous invite à une marche des luttes de territoire à l’occasion de la grève mondiale pour le climat afin de nous rencontrer, de nous compter, de nous manifester, et peut être, de devenir ensemble une force à même d’empêcher l’avancée du désastre.

Nous nous sommes heurtés au mur de l’indifférence. Nul pourtant ne peut ignorer le désastre en cours. Bouleversement climatique, extinction de masse, artificialisation des sols.

De partout sur le territoire, des gens se battent contre ces projets inutiles, écocides, anti sociaux et le plus souvent anti démocratiques.

A Perwez où la lutte fut victorieuse, à Liège pour la préservation du bois d’Avroy, à Wavre contre une route, à Bruxelles pour la préservation du Marais Wiels, la défense du Keelbeek ou comme ici à la ZAD d’Arlon et en tant d’autres lieux encore.

D’interpellations communales en pétitions, de pétitions en interpellations communales, c’est toujours le même mépris, le même déni, la même groupuscularisation de ceux et celles qui luttent. Si bien que toutes et tous dans leurs coins se sentent seuls et impuissants.

La ZAD se donne aussi pour mission de prouver le contraire : nous sommes nombreux, et notre puissance d’agir est simplement éparpillée. Créons les conditions de notre rencontre !

L’absence de réaction satisfaisante des autorités politiques nous pousse à adopter d’autres méthodes d’actions : le blocage concret des projets nuisibles. Ils nous obligent à nous constituer en syndicat informel du vivant puisque eux ont déjà cédé aux promoteurs et au pouvoir de l’argent.

La ZAD d’Arlon vous invite à une marche des luttes de territoire à l’occasion de la grève mondiale pour le climat afin de nous rencontrer, de nous compter, de nous manifester, et peut être, de devenir ensemble une force à même d’empêcher l’avancée du désastre.

Nous nous retrouverons ensuite à la ZAD d’Arlon pour fêter ensemble (la future) annulation du zoning.

Où : Arlon (lieu de départ à préciser – une demande officielle est en cours auprès de la commune). Avec ou sans autorisation, nous marcherons.

Quand : 29 Novembre (heure de commencement à préciser)

Organisation décentralisée :

Nous appelons à une organisation de la marche la plus décentralisée possible. Que chaque territoire en lutte ou soutient y trouve sa place, ses alliances et ses méthodes. Ateliers banderoles, cortèges déguisé, qu’à l’occasion de cette fête de l’imagination chacun puisse rendre visible là lutte qu’il mène. Nous n’entendons pas imposer, sinon un cadre inclusif, festif et déterminé à constituer une force matérielle contre la destruction du vivant et de nos cadres de vies.