Category Archives: Appels et textes

NI OUBLI, NI PARDON

Aujourd’hui, ça fait 2 ans qu’une « balle perdue » a tué la petite Mawda.
Aujourd’hui, ça fait 5 semaines que la police a blessé mortellement Adil sur son scooter lors d’un accident délibéré selon les témoignages.
Ni oubli ni pardon pour toutes les victimes de la police.

Idélux contre-attaque avec du greenwashing !

Idélux cherche à redorer son image (y’a du boulot) en participant aux Publica Awards qui récompense les « meilleurs » projets publics.

L’intercommunale a soumis sa candidature pour sa « Mise en place d’un reporting développement durable ».

Le ‘développement durable’, un oxymore, est une « conception de la croissance économique qui s’inscrit dans une perspective de long terme et qui intègre les contraintes liées à l’environnement et au fonctionnement de la société » (Wikipedia).

Il s’agit de pouvoir continuer à croître sans trop démolir l’environnement ; or, croissance et empreinte carbone sont intimement liés. Bref, une version du « greenwashing » apparue à la fin des années 1980.

Idélux fait ainsi valoir :
– son optimisation et sa gestion de l’eau
– l’aide et l’accompagnement à la création d’entreprise
– la réalisation d’infrastructures permettant le développement économique
– le développement de villes et communautés durables
– la promotion d’une consommation et d’une production responsables.

Plutôt vague et assez maigre sur le plan environnemental pour mériter un prix.
Et carrément négatif une fois que l’on sait comment elle s’y prend pour créer des infrastructures (destruction de terres agricoles ou de forêts comme elle l’entend le faire pour la Sablière), alors que des espaces d’accueil d’entreprises peuvent être créés dans des bâtiments existants laissés à l’abandon (mais ça ne rapporte pas assez de fric).
Et donc, rien de « durable » non plus pour les villes dans de telles pratiques …

Si ldélux emporte un prix, elle l’utilisera sûrement comme argument contre ses détracteur.rices dont la Zablière : « Nous, on a gagné un prix : on lave plus vert que vert ! Alors, dégagez pour que l’on mette à blanc la Sablière et sa nature ! »

Prospection de chantier illégale à la friche Josaphat

Ici, à Arlon, l’étonnement des investisseurs fut grand face à l’occupation – considérée par certains comme « précoce  » – de la Sablière de Schoppach.
– « Pourquoi maintenant? Le projet est encore à l’étude et le chantier ne devrait démarrer que dans quelques années!  »

OUI MAIS
NOUS CONNAISSONS LEURS MÉTHODES

NOUS N’AVONS PAS OUBLIÉ :

Le chantier prématuré de la maxi-prison de Haren, l’extension frauduleuse des extractions à la sablière de Mont-Saint-Guibert, le méga frigo du despotique Clarebout Potatoes à Frameries, et bien d’autres… Et maintenant la friche Josaphat à Schaerbeek
Trop de fois, afin d’annihiler les espoirs des contestataires, invoquant l’argent déjà dépensé et l’impossibilité financière de faire marche arrière, des promoteurs de projets commencent leurs affaires sans la moindre autorisation, coiffant tout le monde au poteau!

LEURS MÉTHODES NE NOUS DÉCOURAGENT PAS!
Elles nous rendent lucides
Elles nous rassemblent
Elles nous transforment en amazones

ZAD PARTOUT
#SauvonslafricheJosaphatDewildeJosaphatbeschermen
#KeelbeekLibreStopMaxiPrison
#LANATURESANSFRITURE

{Lettre ouverte à la presse, la police et leurs amis}

— LA NUIT S’ANNONCE ÉTOILÉE —

Jadis la presse et les médias accueillaient les écrivains ratés, les intellectuels sur le retour, ou des téméraires aventuriers.

Puis on inventa les écoles de journalisme.

La seule différence qui subsiste entre le moine-copiste et le journaliste, c’est que ce dernier n’est même plus capable d’une enluminure. Quand le premier copiait humblement la bible, le second quant à lui copie orgueilleusement des fiches de police.

Il appelle cela de l’investigation.

Investigation, c’est le nom qu’il donne à la reconstruction du réel qu’il vend à voir ou à lire. Il appelle cela des « faits » avant d’ajouter « seuls les faits sont neutres ».

Neutralité c’est le nom qu’il a donné à une vérité à partir du moment où il s’agit d’une vérité d’état.

On ne peut que regretter le « J’accuse » d’un Zola, les investigations d’un Pierre Péan, la dénonciation des travaux inutiles de Jean-Claude Defossé.
On ne s’étonnera pas qu’à mesure que « Question à la Une » s’est transformée en un magazine conso, on finit par considérer le travail de la Meuse et de tout le groupe Sudpresse comme du journalisme. Quant à la RTBF, quelques heures passées sur le site de la SONUMA suffiraient à faire pâlir de honte ses actuels managers.

A la suite des récents événements survenus sur la ZAD d’Arlon, nous avons vu pousser le fumier sur les fleurs. Quelques vendeurs de papiers de la Meuse ont cru bon de nous calomnier, de nous insulter afin d’augmenter leurs tirages et de maintenir leur petite entreprise à fake news. D’aucuns savent que ces journaux ne sont jamais lus avec beaucoup d’attention et en fait de tirage, c’est surtout ceux des feux de cheminée qu’ils alimentent.

Nous allons ici rétablir quelques vérités en assurant, de notre côté, toute la subjectivité de nos propos.

Nous laissons aux affabulateurs l’indécence de se cacher derrière le concept fumeux de neutralité.

On nous accuse pêle-mêle de commettre des expéditions punitives, de vouloir devenir les maîtres d’Arlon de tenter d’annexer la chaussée aux abords de la ZAD afin d’en stopper la circulation, de ne pas vouloir nous soumettre à l’autorité, de refuser à dialoguer avec la presse, d’être passé de gentils écologistes à groupuscule radical, de faire un lien entre Covid-19, état d’urgence et capitalisme, de faire venir de l’étranger, particulièrement d’Italie et d’être des ivrognes.

On prétend enfin que notre mouvement serait en perte de vitesse.

Perte de vitesse désigne sans doute ici le fait que nous vivons paisiblement notre lutte. Que nous ne misons pas sur la quantité de soldat.es dont nous disposons mais sur la qualité d’ami.es avec lesquels nous tissons des liens affectifs puissants. Les yeux trop habitués à compter ne savent pas voir ce qui est fluide. Il n’y a pas de perte de vitesse car c’est justement la vitesse de ce monde que nous mettons à l’amende.

Nous, désigne ici une force sans nom, aux mille visages, de tous âges et de tous horizons.
Une force qui apparait et disparaît au gré des situations.
Une force qui viendra défendre la ZAD si elle est attaquée, une force qui n’a pas besoin de se manifester. Les agressions policières et médiatiques auront rappelé à celles et ceux qui comptent l’existence de cette force-là.

En vérité, la ZAD est partout. Parfois même dans la chambre d’adolescents de quelques fils de notaires ou de quelques fils de flics.

On nous accuse de commettre des expéditions punitives à l’encontre des policiers. Qui a vécu la journée du 1er avril peut aisément conclure que les journalistes de la Meuse et de l’Avenir partagent avec la police une certaine aisance dans l’art du mensonge.
Quand les drones sont venus, il a été négocié une paix.
Paix conclue de commun accord.
Paix trahie aussitôt signée.
Pacte rompu entre la police et nous.
En diplomatie, les ruptures de traités entrainent le plus souvent la guerre.
Comment sinon une partie pourrait-elle négocier la paix ensuite ?

Ce que les forces de l’ordre appellent « expéditions punitives », nous appelons ça « auto-défense d’un territoire »

On nous accuse de vouloir devenir les maîtres d’Arlon ; risible et vexante accusation.
Risible parce que notre écologie se veut sans Dieu ni Maître. Vexante par ce manque d’ambition que l’on nous prête. Pourquoi nous limiter à Arlon ? Qu’y a-t-il de difficile à comprendre dans le slogan « La ZAD est partout » ?

Nous voulons le monde ou rien.

Pas seulement interrompre le flux des voitures mais le flux incessant et infernal de la circulation des marchandises, humaine ou non.

En cela, l’économie mondiale nous précède, elle qui a d’intuition ralentit ces flux pour lutter contre le Covid-19.

Alors oui, nous voulons, à terme, arrêter la circulation de l’avenue du Bois d’Arlon, de la ville, de la province, du pays, du monde. Interrompre un présent écocidaire, mettre fin à une époque carnassière et sacrificielle.

Cela implique de ne pas nous soumettre à l’autorité.
Autorité arbitraire d’une intercommunale opaque et anti-démocratique telle qu’Idélux.
Autorité spectaculaire du bourgmestre Vincent Magnus.
Autorité religieuse à l’État et aux impératifs de l’économie.
Nous saluons d’ailleurs le choix sémantique. Bel aveu de la part des autorités. La soumission serait-elle donc son seul mode de gestion du monde ?

Quant à la presse, nous n’avons aucun dialogue à entamer avec elle.

Comme nos ennemis, nous trions avec soin les médias et les journalistes autorisé.es à rendre compte de l’évolution de la ZAD. Il s’agit là de stratégie.

Le groupe Sudpresse est partout connu pour être la pire pelle à merde du journalisme. Notre première rencontre avec un journaliste de la Meuse s’était conclue par un mensonge éhonté. Il avait prétendu être attaqué à la hache par l’un d’entre nous alors qu’il fut simplement raccompagné par un zadiste qui coupait du bois avant d’être importuné par son arrogance de fouille-merde et de sa recherche névrotique de ragots à envenimer.

La méthode Sudpresse est simple : créer un scandale pour en faire un gros titre.

Ils savent qu’ils ne sont pas les bienvenus ici. Nous acceptons certains journalistes mais nous refusons de laisser entrer les agents déstabilisateurs.

Nous signifions à la Meuse que nous exigeons bien entendu un droit de réponse.

L’Avenir quant à elle corrobore les délires complotistes de la police d’Arlon. Comme si nous faisions venir par camions entiers des gens de l’étranger – d’Italie surtout – dans le but d’infester Arlon du virus. La réalité est toute autre. En termes d’humanisme, il semblerait qu’à Arlon, l’équipe communale n’ait gardé de la charité chrétienne que l’hypocrisie qui l’entoure.

Vincent Magnus tergiverse à ouvrir un simple hall omnisports pour les sans-abris. Sa seule réponse au Covid-19 vis à vis des plus démunis c’est la matraque. L’intimidation policière. Le harcèlement. Comment vivre et faire la manche quand fréquenter les rues devient un délit ?
La ZAD est une œuvre sociale. Elle offre un toit, des vêtements, de la nourriture et un peu de chaleur commune à qui est dans le besoin. Faites de bric et de broc, la ZAD est plus efficace et plus à même de répondre aux besoins des plus démuni.es qu’une administration rodée et autoritaire. Elle ne tergiverse pas. Elle n’est pas de ceux qui auraient refusé leur étable à Joseph et Marie.

On nous accuse encore d’être devenu un groupuscule radical.
Nous ne sommes ni de gentil.les écologistes ni des radicaux. Nous sommes la réponse logique à un monde qui nous a dépossédé de notre puissance d’agir. Qu’ont obtenues les marches climat ? Rien. Dans ce pays où l’on peut gouverner sans majorité au parlement, il faut acter que le régime représentatif est mort. Nous sommes ce qui vient après ce décès. Ce qui sait déjà qu’il est inutile de quémander aux politiques. De la même manière que les femmes n’ont pas eu le droit de vote en votant, nous sommes persuadés que le vivant ne sera pas sauvé en demandant aux classes supérieures de régler un problème dont ils sont la cause.

Les puissants conçoivent le monde comme une immense lutte de territoire.

Nous ne faisons que relever le défi d’une guerre que nous n’avons pas déclarée.

Le Covid est avant tout le résultat de cette vision du monde qui, victorieuse et indécente, trimballe en avion ses privilèges et ses virus d’un restaurant de Pékin à un meeting de New York. Le corona, d’évidence, a une origine sociale. Et il ne vient pas d’un 2 pièces à Gosselies. Voilà le lien entre capital et virus.

La rage de nos maîtres est telle que ce sont nous, les damné.es de la terre, qui devons payer l’inconséquence de leur mode de vie. Nous le payons de nos déplacements et de nos libertés. Mais aussi de nos vies. Combien de mort.es dans les hôpitaux par manque de moyens ? Combien de crises de manque chez les toxicomanes ? Combien de nos ancien.nes croupissent, seul.es dans des homes, coupé.es de tout contact avec des êtres aimés ?

Les responsables devront payer le prix de leur irresponsabilité.

Pour mettre en place ce nouvel état d’urgence, la police exécute les ordres les plus absurdes.

A Arlon, un drone intimait à chacun de rester chez soi ; la police, par ses contrôles, crée les attroupements qu’elle est censée empêcher. Quel rapport avec le corona ? N’aurait-il pas mieux valu dépister les gens plutôt que de pister les corps ? Prendre soin des systèmes de santé plutôt que les démanteler ? Mettre autant de vigueur à maintenir l’hôpital d’Arlon que le bourgmestre n’en met à plonger la ville dans une terreur dystopique morbide ?

On s’attaque aux marges pour faire passer leurs modes de vies nomades comme vecteur du virus. Mais ce ne sont pas ces nomades-là qui l’ont répandu de par le monde. Nous n’accepterons jamais d’être tenu.es pour responsable des effets que produit la folie des puissants.

Et comme tout bon portrait de méchant n’irait pas sans lui attribuer de vice, on nous accuse aussi de faire… des courses ! D’acheter de l’alcool, plus précisément.

Une vieille blague circule dans les milieux écologistes : quel est le plus petit dénominateur commun entre la ZAD et le commissariat ? La bière.

Plus sérieusement, la ZAD c’est 31 hectares sur lesquels vivent plusieurs « ménages ». Personne ne vit chez soi à 1,5 mètre de distance de ses cohabitant.es. Nous non plus. Et nous allons, comme tout le monde, user du dernier droit que l’on nous accorde : celui de consommer.

Nous pourrions dire que l’ivresse nous permet d’apaiser quelques heures la douleur d’être les contemporains de Sophie Wilmès, Emmanuel Macron ou Élie Deblire.

***
Nous pourrions continuer longtemps.

Et détailler plus encore les mensonges de la police et de la presse.

Nous pourrions redire la peur.

La peur -de voir des agents dégainer leurs armes de poing – qui tirent à balles réelles –

A l’encontre d’ami.es

et tant d’autres choses encore.

Mais le merle chante et la nuit s’annonce étoilée.

Bientôt le silence.

IN GIRUM NOCTE ET CONSOMIMUR IGNI.

L’Oiseau-tempête et Jean sans terre,
Depuis la barricade Nord de la ZAD de la Sablière.

^v^

Récit d’une visite à la Zablière (Carmelo Virone)

Mais au lieu du péril croît

Aussi ce qui sauve.

Dans la ténèbre

Nichent les aigles et sans frémir

Les fils des Alpes sur des ponts légers

Passent l’abîme.

Friedrich Hölderlin

Le sol était détrempé; il avait fallu par endroits jeter des rondins et des branchages sur les ornières pour faciliter le passage; les pieds s’enfonçaient dans la boue; à chaque pas, on se retenait de glisser; mais heureusement, il ne pleuvait plus, pour la première fois depuis quinze jours, et on voyait même un peu de soleil s’infiltrer entre les arbres dépouillés ; une lumière basse encore, de fin d’hiver.

A un détour du chemin, une banderole nous avait accueillis : « Bienvenue à la ZAD ». Plus loin, sur un autre bout de drap blanc tendu entre deux troncs, nous avions pu lire : « Respect existence or expect resistance » – ce dernier mot, écrit en rouge. En rouge aussi était dessiné un cœur, qui encerclait un grand A tracé à la peinture noire.

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Le grand marché mondial a l’appétit d’un ogre. Il s’empare de tout ce qui fait battre le cœur pour en faire commerce et en tirer profit.

Un jeune homme s’était avancé à notre rencontre, un vrai forestier, chaudement habillé d’une veste et d’une sur-veste de treillis, d’un pantalon débordant de poches. Aux pieds, de robustes bottines à semelles épaisses, montant haut sur les chevilles. Amalric vivait là depuis plusieurs mois, depuis qu’il avait appris que la zone, une ancienne sablière de trente hectares, était menacée par un projet immobilier. Avec quelques camarades, ils avaient décidé d’occuper le terrain en permanence, pour être prêts à tout moment à faire obstacle au chantier qui s’annonçait. Ils avaient rallié à eux des habitants qui les soutenaient matériellement. Même discrète, leur présence dérangeait. Leur action avait suscité la colère des autorités dont ils mettaient publiquement les décisions en cause. Beaucoup d’argent était en jeu, et au-delà, une manière d’appréhender la vie. La zone à défendre étaient devenue une zone à reprendre, On avait cherché à les intimider; on les avait menacés. Depuis lors, chaque fois que les zadistes apparaissaient en public, face à des journalistes, pour expliquer les raisons de leur geste, ils enfilaient des cagoules qui leur évitaient d’être identifiés.

Nous, Amalric nous avait reçus à visage découvert. Son inquiétude, cependant, était sensible. D’emblée, il avait parlé de nos smartphones. Éteints au fond de nos poches, ils nous espionnaient encore. Si la police le décidait, nous serions localisés dans l’instant, nos données seraient pompées et le moindre déplacement enregistré. A plusieurs reprises, des sympathisants avaient été contrôlés au sortir du bois, avait-il raconté. On leur avait confisqué leurs cartes sim. Ils s’étaient laissé faire, parce qu’ils ne connaissaient pas leurs droits. Voilà pourquoi nous ne pouvions pas prendre de photos : nos fichiers risquaient d’être piratés et copiés à distance. La répression était devenue très forte à l’égard de tous ceux qui tentaient de gripper le système. Lui-même était fiché depuis longtemps et les drones qui survolaient régulièrement la zone accentuaient la surveillance.

Nous marchions derrière lui sur un étroit sentier quand nous avons aperçu une première construction qui se découpait haut dans le ciel, une cabane perchée dans les arbres. Apparition un peu magique, comme détachée des contingences terrestres, n’eût été la longue échelle métallique qui la reliait au sol. Cette cabane-ci, on l’appelle la Gale, nous avait dit Amalric dans un sourire. On l’a nommée ainsi en hommage à la ZAD de Hambach. Là-bas, toutes les cabanes ont été construites en hauteur, mais à un certain moment, les gens qui y vivaient ont attrapé la gale. C’est notre manière de les saluer.

Hambach, près de Cologne, abrite une des plus vieilles forêts d’Allemagne. Douze mille ans d’existence : on pourrait croire qu’elle appartient de ce fait à la mémoire collective. Pas du tout. Son propriétaire effectif est un conglomérat industriel, Reinisch-Westfälisches Elektrizitätswerk. RWE est un partenaire de confiance pour la production d’électricité et le commerce de l’énergie. Nous développons des solutions innovantes et stimulons le progrès technologique pour nos clients. Ces temps de transition nous offrent l’occasion unique d’aider à remodeler l’approvisionnement énergétique des générations futures.

Au long des millénaires, les arbres ont poussé, leurs troncs se sont épaissis, élevés, ouvrant largement leurs branches, et leurs frondaisons ont abrité des générations d’insectes et d’oiseaux. Foudre, champignons, pourritures, les vieux arbres fatigués se sont abattus sur le sol; siècle après siècle, d’autres les ont remplacés, animés d’une sève nouvelle. Les couches successives d’arbres tombés par terre se sont tassées, enfoncées dans l’humus. Et lentement la chimie a accompli son œuvre recréatrice, transformant le bois mort en lignite. C’est de cette lignite, une des ressources les plus polluantes qui soit, que les servants du Reinisch-Westfälisches Elektrizitätswerk gavent leurs centrales, mais ils n’en ont jamais assez et déboisent toujours davantage.

Amalric connaît bien le bois en tant que matériau, sous sa forme domestiquée de poutre ou de planche : il est menuisier. Quand il a commencé à construire des cabanes pour pouvoir y vivre, il a dû se départir de ses habitudes, apprendre de ses erreurs, ne plus croire qu’une chose est impossible avant de l’avoir vérifié. Il était fier de cette expérience. Il nous racontait le bonheur que ses camarades et lui avaient éprouvé quand ils avaient vu ce qu’ils pouvaient faire advenir de leurs mains. En habitant ici et travaillant ensemble, ils avaient dû s’inventer des règles de vie collective. C’était aussi une expérience, qui se prolongeait chaque jour.

Le chemin débouchait sur une clairière où d’autres cabanes étaient édifiées, celles-ci à même le sol. La grande, c’était la Chaussette, un dortoir collectif à la disposition des visiteurs de passage. On devait ôter ses chaussures avant d’y pénétrer, et défense de fumer et de boire de l’alcool à l’intérieur. Un peu à l’écart, l’OVNI, une toute petite cabane réservée aux couples qui voulaient s’isoler. Mais peut-être fallait-il entendre Love Nid, niche intime pour y mettre l’amour à l’abri, alcôve qui ne faisait qu’une avec la végétation environnante. Encore une cinquantaine de mètres et on arrivait à la Tombe, une cabane enfouie dans le sol, qui restait inoccupée parce que ses constructeurs avaient commis une erreur : ils avaient creusé trop profond et étaient tombés sur une couche argileuse, qui ne laissait pas pénétrer l’eau. Le sol était donc couvert de larges flaques. Ils s’étaient également trompés en creusant à même la paroi un foyer relié à l’extérieur par une cheminée. La première fois qu’ils y avaient allumé un feu, ils s’étaient rendu compte que la chaleur ne se répandait pas dans la pièce, mais qu’elle restait dans le mur. Il allait falloir recommencer le travail et trouver une meilleure solution.

Une nouvelle zone artisanale devrait voir le jour à l’entrée d’Arlon, sur le site de l’ancienne sablière de Schoppach, juste en face du siège d’Idélux. Cette intercommunale a en effet acheté les terrains à la ville. La zone couvrira une vingtaine d’hectares et devrait accueillir une quarantaine de PME.

« L’emploi, le développement économique et la gestion de l’environnement, piliers du développement durable, sont au cœur des objectifs stratégiques, métiers et expertises d’Idélux depuis des années. Nous possédons près de 50 parcs d’activités économiques pouvant accueillir tout type de business, dans tous les secteurs, mais ces parcs arrivent progressivement à saturation. Notre objectif reste de disposer d’une offre foncière et d’équipements attractifs pour les entreprises, dans les meilleurs délais et aux conditions les plus concurrentielles possibles. Nous sommes pleinement conscients des urgences climatiques et environnementales et poursuivrons, à l’échelle de nos actions, l’apport de réponses concrètes à ces enjeux. »

Nous étions dans notre clairière comme sur une île entourée de falaises. En contrebas s’étalait la cuvette creusée par l’extraction du sable. Nous n’y allons que rarement, expliquait Amalric, et en prenant des précautions. Nous marchons en file indienne, pour déranger le moins possible l’habitat. Plusieurs espèces devenues rares vivent en cet endroit, comme le triton crêté. On doit les laisser tranquilles.

Nous ne pouvions les apercevoir de là où nous étions, mais la falaise était percée de petites excavations creusées par des hirondelles de rivage pour y nicher. En piochant obstinément la terre meuble de leur petit bec, elles se font un terrier, qui peut atteindre jusqu’à un mètre de long, un sacré travail. On comprend qu’elles reviennent chaque année s’installer au même endroit, pour ne pas devoir tout recommencer.

En hôte délicat, Amalric avait attiré notre attention sur l’écorce d’un épicéa qui s’était détachée du tronc. C’était le signe que l’arbre était rongé par des scolytes. Ces petits coléoptères avaient pondu leurs oeufs au sommet du tronc. Leurs larves étaient descendues; elles avaient creusé à travers l’écorce une multitude de galeries pour se nourrir de cellulose. Les galeries empêchaient la sève de circuler. L’arbre, fragilisé, pouvait en mourir.

Des tentes de camping étaient disséminées au milieu des pins. Elles appartenaient à des sympathisants de la ZAD, surtout des étudiants qui vivaient pendant la semaine à Bruxelles et venaient passer le week-end auprès de leurs camarades, pour les soutenir. Amalric déplorait l’imprudence de ces jeunes gens. Même si les arbres avaient l’air encore solides, beaucoup étaient minés. Par vent de tempête, ils pouvaient tomber, s’abattre sur une des tentes. Il ne fallait pas négliger ce risque.

C’est parfois difficile de vivre ici, nous avait confié Amalric. Heureusement sa famille comprenait son engagement. Elle trouvait même son action juste et nécessaire. Elle avait promis de passer le voir mais n’en avait encore rien fait jusqu’à présent. Ce grand gaillard au regard franc ne s’en vantait pas, mais on comprenait qu’il lui avait fallu du courage pour tenir bon, malgré les intimidations policières, le dénigrement des autorités, les menaces d’expulsion cent fois répétées, l’isolement, l’inconfort.

Notre promenade touchait à sa fin. Nous étions passés devant une cabane où étaient entreposés des outils et du matériel : l’atelier. Un peu plus loin, une dizaine de garçons et de filles étaient regroupés devant une grande cahute dépourvue de mur de façade. La pièce était barrée sur presque toute sa longueur par un comptoir fait de meubles de récupération, table, cuisinière, frigo, matériel de bric et de broc. C’était un espace communautaire, le coin bar et la cantine collective. Une fille était venue nous faire la bise. Les autres nous avaient salués d’un geste ou d’un sourire, sans poser de question : notre présence semblait avoir pour eux l’évidence de l’amitié. Après avoir accompli scrupuleusement leur mission de chien (aboyer, agiter la queue, renifler les pantalons), les deux chiens venus à notre rencontre étaient allés se recoucher paisiblement près du poêle, un tonnelet monté sur pieds qui diffusait une faible chaleur, suffisante cependant pour qu’on puisse se tenir assis à l’air libre en gardant vestes et manteaux. Un smartphone, posé sur une souche à proximité était relié à deux petites enceintes dont le design épuré étonnait dans ce décor. De la musique s’en échappait : Alain Bashung et ses révoltes rauques.

Ce jour-là, j’avais ramassé en chemin quelques pommes de pin à l’écorce claire, semblables à de longs doigts squameux. Ces pommes à présent se sont largement ouvertes et leurs écailles ont acquis une teinte plus sombre. Plus qu’à des doigts, leur forme fait désormais penser aux arbres mêmes dont elles sont tombées.

Je les aligne à la verticale dans un grand pot rempli de terre. Je les enfonce un peu pour les faire tenir debout sur leur base. Peu à peu, une forêt de cônes se dresse dans ma cuisine. Comme j’aimerais m’y promener avec des amis! Mais nous sommes tous confinés jusqu’à la fin de l’épidémie, à cause de ce virus à couronne d’épines qui lacère les poumons de ceux qui le respirent.

Je regarde dans un dictionnaire en ligne à quoi ressemble le triton crêté. Je dois pouvoir le reconnaître si je veux l’inviter chez moi, pour l’installer dans le bac à sable que je placerai en contrebas de ma forêt. C’est un joli monstre à la queue verruqueuse, dont chaque patte se prolonge par quatre longs doigts effilés. La femelle, sensiblement plus grande que le mâle, peut atteindre jusqu’à dix-huit centimètres de long. Mais ce mâle a d’autres atouts : en période nuptiale, il arbore une haute crête dorsale dentelée sur le dos et des couleurs plus vives sur le ventre.

Il fait très beau aujourd’hui. Une magnifique journée de printemps, lumineuse et douce. Dans mon petit jardin de ville, j’admire les jonquilles, les tulipes blanches liserées de jaune et celles d’un rouge éclatant qui se sont ouvertes hier.

Ce matin, j’ai vu par la fenêtre deux pies qui becquetaient la terre, à la recherche de nourriture. L’une d’elles s’est perchée sur une branche maîtresse du figuier. Je me suis perdu un moment dans le noir bleuté de ses ailes. Quand elle s’est envolée, je l’ai suivie des yeux jusqu’à ce qu’elle disparaisse derrière le toit d’une maison.

Pourrait-elle un jour ne plus revenir, disparaître à tout jamais parce que son espèce serait éteinte, comme tant d’autres avant elle ? Je ne peux pas imaginer qu’elle vienne à manquer définitivement à la joie du monde.

Publié sur entre¦les¦lignes

CORONARCHIE – Dominique Bodart

À vous qui attendez (encore !) des consignes de bon sens de nos institutions incohérentes, sachez que :

– En France, les citoyens ont été pris en otages pour participer à des élections tout à fait secondaires en rapport à l’urgence de la crise sanitaire
– la publicité vous incite toujours à consommer
– les émissions de promotion du tourisme fonctionnent toujours plein tube
– les matchs de football remplissaient encore les stades ce we
– les élections françaises ont été niées par 55 % des électeurs
– le monde politique belge faisait la fête dans les établissements horeca, et ce, notamment à Namur, avant fermeture
– malgré les cas de maladies indéterminées au travail beaucoup d’ entreprises intiment toujours à leurs employés et ouvriers à se rendre au travail comme si de rien n’était
– tout à coup, les bien-pensants prennent conscience que malgré leur statut, eux aussi peuvent choper le virus. De ce fait, ils s’insurgent subitement contre les exclus du système qui rappellent que eux n’ont plus accès, ni à la médecine, ni « aux réserves » depuis belle lurette…
– les huissiers continuent de mettre leur couteau sous la gorge des « austérisés »
– les multinationales continuent de pomper le fric dans la poche des gens… Ainsi, Engie Electrabel supprime les plans d’appurement pour les factures de fin de décompte en électricité
– les gens sont mis en chômage technique, leur salaire baisse, mais les emprunts hypothécaires continuent de courir
– les mesures de confinement sont décidées au goutte à goutte, au cas par cas, sans cohérence
– le permafrost (pergélisol) continue de fondre. La réserve de virus (antrax, SRAS, et autres joyeuseté) se libère, et risque de venir sur-ajouter à terme, d’autres crises sanitaires
– les fondus du travail et de l’argent ne changent rien à leur comportement, certains venant même malades au taf, car cela serait apprécié par leur manager (sic)
– etc, etc…

Bref, c’est la merde…

Ce n’est pas faute pourtant d’avoir reçu plein d’avertissements de la nature : Ainsi, entre autres, la fièvre catharale, dite « maladie » de la langue bleue, qui contamina chez nous en 2007, pas moins de 30 000 ovins et 40 000 bovins. Par cause d’un moustique culicoïde sub- saharien « qui avait pris l’avion ou le bateau »… et qui grâce au réchauffement, s’est reproduit sous notre aire lui devenant favorable. Mon cheptel (je produisais des moutons ardennais roux) ne tomba curieusement pas malade, contrairement à d’autres qui furent décimés… Est-ce parce qu’il était immunisé par la bonne herbe grasse de prairies très bio-diversifiées. Elles contenaient notamment de l’armoise qui passe pour très bénéfique au système immunitaire des ovins ?

Toujours est-il que de la légionellose à la peste porcine, le monde sauvage nous rappelle plus d’une fois au bon sens.

Je terminerai par ceci, attendre des consignes d’un monde pyramidal en rupture de confiance avec sa base est aussi illusoire que croire que le capitalisme et le libre-échange, va nous sauver des crises à venir.

De dire encore, que le bon sens populaire existe, et que les gens peuvent être à même de savoir ce qui est bon pour eux ou pas (je sais, ça fait fort « rousseauiste »), mais que, attendre le salut du monde politique est un doux rêve.

Par contre je crois que la résilience viendra du local, du circuit court, et de la capacité de nos petites cellules de vie que sont villages, hameaux, quartiers, à s’auto-construire, et à s’auto-organiser, dans la latéralité de l’humain solidaire et autonome.

Ce qui est petit, définitivement reste mignon.

Courage à tous. Bon sens, et bienveillance.

Réapprenons le commun collaboratif, de nous-mêmes, conscient de notre valeur et de nos forces, il est plus que temps. ZAD partout, et Coop partout.

« Voici une ZAD qui s’est mise sous la protection des oiseaux.»

Vinciane Despret et Alessandro Pignocchi signent en commun cette superbe préface de « A vol d’oiseaux – poésie depuis la ZAD de la Sablière » : recueil, édité par le Mot : Lame, de proses, poésies, morceaux de journaux intimes, chansons, contes et déclarations de guerre.  Mais aussi de photos, dessins et caricatures.

Sortie du livre le 12 mars à l’ 𝖆 𝖓 𝖆 𝖙 𝖍 𝖊̀ 𝖒𝖊 // Pour mettre le monde en vacance., rue des éperonniers 52, 1000 Bruxelles, de 12 à 15h.

PRÉFACE DU RECUEIL À VOL D’OISEAUX DU CONSEIL VOLATILE

Voici une ZAD qui s’est mise sous la protection des oiseaux. C’est une idée qui non seulement me plait, mais qui a beaucoup de sens (et beaucoup de significations, les significations étant les mélodies des choses non pas laissées à elles-mêmes, mais invitées à nous aider à réinventer un autre rapport à elles : vous allez, dans les pages qui suivent, les entendre ces mélodies).
Une idée qui a du sens. Car les oiseaux s’y connaissent en matière de zones à défendre — c’est d’ailleurs ainsi que se définissent, selon les ornithologues, les territoires, comme « n’importe quel lieu défendu ». C’est une belle idée de se mettre à leur école, à condition bien entendu de défendre le mot même de « territoire » contre toute accaparation qui renverrait à l’idée de propriété privée. Car les oiseaux n’ont pas de propriétés, seulement des usages. C’est cela un territoire. Et les oiseaux s’y connaissent bien en matière d’usages. Ils savent que chanter fait territoire et qu’un territoire fait chanter. Et ils savent, de leur longue alliance avec les herbes, les plantes, les arbres et leurs fruits, ce que veut dire essaimer. Et de tout cela, ils savent qu’il n’existe de vie viable que par des pratiques multiples et enchevêtrées.

Voici une ZAD qui s’est mise sous la protection des oiseaux. De la même manière qu’a pu s’écrire, à propos de cette ZAD sœur qu’est Notre-Dame-des-Landes, « que c’est aussi le bocage qui a fait usage de nos corps ces dernières années pour défendre son intégrité », l’on sent ici que les oiseaux ne sont pas des métaphores poétiques. Pas du tout, même s’ils donnent des ailes aux plumes des poètes zabliers. Les oiseaux protègent le temps vécu et ils ont pris le parti des choses fragiles et bonnes, ils ont pris le parti « des êtres forêts, des êtres hésitants et des êtres lassés », comme vous le lirez. Et de toutes les alliances que depuis des centaines et des centaines de milliers d’années les oiseaux ont tissées avec les plantes les arbres la terre, ils ont appris comment être pris dans les usages des autres. C’est peut-être également pour cela qu’ils chantent. Ils disent aussi, « nous sommes là, et vous ne pourrez pas faire sans nous ».

On parle de double mort quand la disparition d’un être entraîne l’extinction d’un autre. On devrait inventer le terme « double vie » à propos de ce qui se passe là-bas, chez ceux qui se sont mis sous la protection des oiseaux. Ce terme qui se donnerait comme l’exact inverse de celui de double-mort désignerait alors le fait qu’une manière de vivre, par un être, ouvre pour d’autres des possibilités de vivre à leur tour (ou de vivre, à leur tour, d’une autre manière). Nous ne savons pas jusqu’où va la puissance de ce qu’ils font exister là-bas, à la Sablière, jusqu’où cette puissance irradie, ce qu’elle tient éveillé comme espoir, comme possible à activer. On ne sait pas encore, mais la poésie sans y répondre maintient la question ouverte et vivante. En zigzag.
Voilà une ZAD qui a mis le réel sous la protection des oiseaux. Car c’est bien cela dont il s’agit : d’un refus plein de joie et de rage de renoncer au réel et de s’en laisser déposséder. C’est cela écrire avec la pugnacité des oiseaux sur un territoire, écrire avec la méchanceté des pies, des mots courts et rentre dedans qui font sentir « le désir de protéger et étendre la puissance de qui l’on aime », avec des verbes d’arbres qui dansent, avec les mots énervés des mésanges et ceux d’un moyen duc ensommeillé sous la pluie.

Voilà une ZAD qui s’est mise sous la protection des oiseaux pour explorer, par l’écriture, la joie de raconter et la rage à partager. «Le langage, disent-ils et elles, doit dire le monde, pas tourner sur lui même. L’expérience de l’écriture est indissociable de la nécessité des luttes. Il faut défendre ce qu’il reste à écrire ou rédiger des tickets de caisse».